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Read book online «De la Terre à la Lune by Jules Verne (novels to read for beginners .txt) 📕».   Author   -   Jules Verne



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o� se traita cette grave question. Michel Ardan ne voulait pas mettre en doute la possibilit� de vivre au moyen de cet air factice, et il offrit d'en faire l'essai avant le d�part. Mais l'honneur de tenter cette �preuve fut r�clam� �nergiquement par J.-T. Maston.

�Puisque je ne pars pas, dit ce brave artilleur, c'est bien le moins que j'habite le projectile pendant une huitaine de jours.

Il y aurait eu mauvaise gr�ce � lui refuser. On se rendit � ses vœux. Une quantit� suffisante de chlorate de potasse et de potasse caustique fut mise � sa disposition avec des vivres pour huit jours; puis, ayant serr� la main de ses amis, le 12 novembre, � six heures du matin, apr�s avoir express�ment recommand� de ne pas ouvrir sa prison avant le 20, � six heures du soir, il se glissa dans le projectile, dont la plaque fut herm�tiquement ferm�e. Que se passa-t-il pendant cette huitaine? Impossible de s'en rendre compte. L'�paisseur des parois du projectile emp�chait tout bruit int�rieur d'arriver au-dehors.

Le 20 novembre, � six heures pr�cises, la plaque fut retir�e; les amis de J.-T. Maston ne laissaient pas d'�tre un peu inquiets. Mais ils furent promptement rassur�s en entendant une voix joyeuse qui poussait un hurrah formidable.

Bient�t le secr�taire du Gun-Club apparut au sommet du c�ne dans une attitude triomphante. Il avait engraiss�!

XXIV

LE T�LESCOPE DES MONTAGNES ROCHEUSES

Le 20 octobre de l'ann�e pr�c�dente, apr�s la souscription close, le pr�sident du Gun-Club avait cr�dit� l'Observatoire de Cambridge des sommes n�cessaires � la construction d'un vaste instrument d'optique. Cet appareil, lunette ou t�lescope, devait �tre assez puissant pour rendre visible � la surface de la Lune un objet ayant au plus neuf pieds de largeur.

Il y a une diff�rence importante entre la lunette et le t�lescope; il est bon de la rappeler ici. La lunette se compose d'un tube qui porte � son extr�mit� sup�rieure une lentille convexe appel�e objectif, et � son extr�mit� inf�rieure une seconde lentille nomm�e oculaire, � laquelle s'applique l'œil de l'observateur. Les rayons �manant de l'objet lumineux traversent la premi�re lentille et vont, par r�fraction, former une image renvers�e � son foyer [C'est le point o� les rayons lumineux se r�unissent apr�s avoir �t� r�fract�s.]. Cette image, on l'observe avec l'oculaire, qui la grossit exactement comme ferait une loupe. Le tube de la lunette est donc ferm� � chaque extr�mit� par l'objectif et l'oculaire.

Au contraire, le tube du t�lescope est ouvert � son extr�mit� sup�rieure. Les rayons partis de l'objet observ� y p�n�trent librement et vont frapper un miroir m�tallique concave, c'est-�-dire convergent. De l� ces rayons r�fl�chis rencontrent un petit miroir qui les renvoie � l'oculaire, dispos� de fa�on � grossir l'image produite.

Ainsi, dans les lunettes, la r�fraction joue le r�le principal, et dans les t�lescopes, la r�flexion. De l� le nom de r�fracteurs donn� aux premi�res, et celui de r�flecteurs attribu� aux seconds. Toute la difficult� d'ex�cution de ces appareils d'optique g�t dans la confection des objectifs, qu'ils soient faits de lentilles ou de miroirs m�talliques.

Cependant, � l'�poque o� le Gun-Club tenta sa grande exp�rience, ces instruments �taient singuli�rement perfectionn�s et donnaient des r�sultats magnifiques. Le temps �tait loin o� Galil�e observa les astres avec sa pauvre lunette qui grossissait sept fois au plus. Depuis le XVIe si�cle, les appareils d'optique s'�largirent et s'allong�rent dans des proportions consid�rables, et ils permirent de jauger les espaces stellaires � une profondeur inconnue jusqu'alors. Parmi les instruments r�fracteurs fonctionnant � cette �poque, on citait la lunette de l'Observatoire de Poulkowa, en Russie, dont l'objectif mesure quinze pouces (— 38 centim�tres de largeur [Elle a co�t� 80,000 roubles (320,000 francs).]), la lunette de l'opticien fran�ais Lerebours, pourvue d'un objectif �gal au pr�c�dent, et enfin la lunette de l'Observatoire de Cambridge, munie d'un objectif qui a dix-neuf pouces de diam�tre (48 cm).

Parmi les t�lescopes, on en connaissait deux d'une puissance remarquable et de dimension gigantesque. Le premier, construit par Herschell, �tait long de trente-six pieds et poss�dait un miroir large de quatre pieds et demi; il permettait d'obtenir des grossissements de six mille fois. Le second s'�levait en Irlande, � Birrcastle, dans le parc de Parsonstown, et appartenait � Lord Rosse. La longueur de son tube �tait de quarante-huit pieds, la largeur de son miroir de six pieds (— 1.93 m [On entend souvent parler de lunettes ayant une longueur bien plus consid�rable; une, entre autres, de 300 pieds de foyer, fut �tablie par les soins de Dominique Cassini � l'Observatoire de Paris; mais il faut savoir que ces lunettes n'avaient pas de tube. L'objectif �tait suspendu en l'air au moyen de m�ts, et l'observateur, tenant son oculaire � la main, venait se placer au foyer de l'objectif le plus exactement possible. On comprend combien ces instruments �taient d'un emploi peu ais� et la difficult� qu'il y avait de centrer deux lentilles plac�es dans ces conditions.]); il grossissait six mille quatre cents fois, et il avait fallu b�tir une immense construction en ma�onnerie pour disposer les appareils n�cessaires � la manœuvre de l'instrument, qui pesait vingt-huit mille livres.

Mais, on le voit, malgr� ces dimensions colossales, les grossissements obtenus ne d�passaient pas six mille fois en nombres ronds; or, un grossissement de six mille fois ne ram�ne la Lune qu'� trente-neuf milles (— 16 lieues), et il laisse seulement apercevoir les objets ayant soixante pieds de diam�tre, � moins que ces objets ne soient tr�s allong�s.

Or, dans l'esp�ce, il s'agissait d'un projectile large de neuf pieds et long de quinze; il fallait donc ramener la Lune � cinq milles (— 2 lieues) au moins, et, pour cela, produire des grossissements de quarante-huit mille fois.

Telle �tait la question pos�e � l'Observatoire de Cambridge. Il ne devait pas �tre arr�t� par les difficult�s financi�res; restaient donc les difficult�s mat�rielles.

Et d'abord il fallut opter entre les t�lescopes et les lunettes. Les lunettes pr�sentent des avantages sur les t�lescopes. A �galit� d'objectifs, elles permettent d'obtenir des grossissements plus consid�rables, parce que les rayons lumineux qui traversent les lentilles perdent moins par l'absorption que par la r�flexion sur le miroir m�tallique des t�lescopes. Mais l'�paisseur que l'on peut donner � une lentille est limit�e, car, trop �paisse, elle ne laisse plus passer les rayons lumineux. En outre, la construction de ces vastes lentilles est excessivement difficile et demande un temps consid�rable, qui se mesure par ann�es.

Donc, bien que les images fussent mieux �clair�es dans les lunettes, avantage inappr�ciable quand il s'agit d'observer la Lune, dont la lumi�re est simplement r�fl�chie, on se d�cida � employer le t�lescope, qui est d'une ex�cution plus prompte et permet d'obtenir de plus forts grossissements. Seulement, comme les rayons lumineux perdent une grande partie de leur intensit� en traversant l'atmosph�re, le Gun-Club r�solut d'�tablir l'instrument sur l'une des plus hautes montagnes de l'Union, ce qui diminuerait l'�paisseur des couches a�riennes.

Dans les t�lescopes, on l'a vu, l'oculaire, c'est-�-dire la loupe plac�e � l'œil de l'observateur, produit le grossissement, et l'objectif qui supporte les plus forts grossissements est celui dont le diam�tre est le plus consid�rable et la distance focale plus grande. Pour grossir quarante-huit mille fois, il fallait d�passer singuli�rement en grandeur les objectifs d'Herschell et de Lord Rosse. L� �tait la difficult�, car la fonte de ces miroirs est une op�ration tr�s d�licate.

Heureusement, quelques ann�es auparavant, un savant de l'Institut de France, L�on Foucault, venait d'inventer un proc�d� qui rendait tr�s facile et tr�s prompt le polissage des objectifs, en rempla�ant le miroir m�tallique par des miroirs argent�s. Il suffisait de couler un morceau de verre de la grandeur voulue et de le m�talliser ensuite avec un sel d'argent. Ce fut ce proc�d�, dont les r�sultats sont excellents, qui fut suivi pour la fabrication de l'objectif.

De plus, on le disposa suivant la m�thode imagin�e par Herschell pour ses t�lescopes. Dans le grand appareil de l'astronome de Slough, l'image des objets, r�fl�chie par le miroir inclin� au fond du tube, venait se former � son autre extr�mit� o� se trouvait situ� l'oculaire. Ainsi l'observateur, au lieu d'�tre plac� � la partie inf�rieure du tube, se hissait � sa partie sup�rieure, et l�, muni de sa loupe, il plongeait dans l'�norme cylindre. Cette combinaison avait l'avantage de supprimer le petit miroir destin� � renvoyer l'image � l'oculaire. Celle-ci ne subissait plus qu'une r�flexion au lieu de deux. Donc il y avait un moins grand nombre de rayons lumineux �teints. Donc l'image �tait moins affaiblie. Donc, enfin, on obtenait plus de clart�, avantage pr�cieux dans l'observation qui devait �tre faite [Ces r�flecteurs sont nomm�s �front view telescope�.].

Ces r�solutions prises, les travaux commenc�rent. D'apr�s les calculs du bureau de l'Observatoire de Cambridge, le tube du nouveau r�flecteur devait avoir deux cent quatre-vingts pieds de longueur, et son miroir seize pieds de diam�tre. Quelque colossal que f�t un pareil instrument, il n'�tait pas comparable � ce t�lescope long de dix mille pieds (— 3 kilom�tres et demi) que l'astronome Hooke proposait de construire il y a quelques ann�es. N�anmoins l'�tablissement d'un semblable appareil pr�sentait de grandes difficult�s.

Quant � la question d'emplacement, elle fut promptement r�solue. Il s'agissait de choisir une haute montagne, et les hautes montagnes ne sont pas nombreuses dans les �tats.

En effet, le syst�me orographique de ce grand pays se r�duit � deux cha�nes de moyenne hauteur, entre lesquelles coule ce magnifique Mississippi que les Am�ricains appelleraient �le roi des fleuves�, s'ils admettaient une royaut� quelconque.

A l'est, ce sont les Appalaches, dont le plus haut sommet, dans le New-Hampshire, ne d�passe pas cinq mille six cents pieds, ce qui est fort modeste.

A l'ouest, au contraire, on rencontre les montagnes Rocheuses, immense cha�ne qui commence au d�troit de Magellan, suit la c�te occidentale de l'Am�rique du Sud sous le nom d'Andes ou de Cordill�res, franchit l'isthme de Panama et court � travers l'Am�rique du Nord jusqu'aux rivages de la mer polaire.

Ces montagnes ne sont pas tr�s �lev�es, et les Alpes ou l'Himalaya les regarderaient avec un supr�me d�dain du haut de leur grandeur. En effet, leur plus haut sommet n'a que dix mille sept cent un pieds, tandis que le mont Blanc en mesure quatorze mille quatre cent trente-neuf, et le Kintschindjinga [La plus haute cime de l'Himalaya.] vingt-six mille sept cent soixante-seize au-dessus du niveau de la mer.

Mais, puisque le Gun-Club tenait � ce que le t�lescope, aussi bien que la Columbiad, f�t �tabli dans les �tats de l'Union, il fallut se contenter des montagnes Rocheuses, et tout le mat�riel n�cessaire fut dirig� sur le sommet de Lon's-Peak, dans le territoire du Missouri.

Dire les difficult�s de tout genre que les ing�nieurs am�ricains eurent � vaincre, les prodiges d'audace et d'habilet� qu'ils accomplirent, la plume ou la parole ne le pourrait pas. Ce fut un v�ritable tour de force. Il fallut monter des pierres �normes, de lourdes pi�ces forg�es, des corni�res d'un poids consid�rable, les vastes morceaux du cylindre, l'objectif pesant lui seul pr�s de trente mille livres, au-dessus de la limite des neiges perp�tuelles, � plus de dix mille pieds de hauteur, apr�s avoir franchi des prairies d�sertes, des for�ts imp�n�trables, des �rapides� effrayants, loin des centres de populations, au milieu de r�gions sauvages dans lesquelles chaque d�tail de l'existence devenait un probl�me presque insoluble. Et n�anmoins, ces mille obstacles, le g�nie des Am�ricains en triompha. Moins d'un an apr�s le commencement des travaux, dans les derniers jours du mois de septembre, le gigantesque r�flecteur dressait dans les airs son tube de deux cent quatre-vingts pieds. Il �tait suspendu � une �norme charpente en fer; un m�canisme ing�nieux permettait de le manœuvrer facilement vers tous les points du ciel et de suivre les astres d'un horizon � l'autre pendant leur marche � travers l'espace.

Il avait co�t� plus de quatre cent mille dollars [Un million six cent mille francs.]. La premi�re fois qu'il fut braqu� sur la Lune, les observateurs �prouv�rent une �motion � la fois curieuse et inqui�te. Qu'allaient-ils d�couvrir dans le champ de ce t�lescope qui grossissait quarante-huit mille fois les objets observ�s? Des populations, des troupeaux d'animaux lunaires, des villes, des lacs, des oc�ans? Non, rien que la science ne conn�t d�j�, et sur tous les points de son disque la nature volcanique de la Lune put �tre d�termin�e avec une pr�cision absolue.

Mais le t�lescope des montagnes Rocheuses, avant de servir au Gun-Club, rendit d'immenses services � l'astronomie. Gr�ce � sa puissance de p�n�tration, les profondeurs du ciel furent sond�es jusqu'aux derni�res limites, le diam�tre apparent d'un grand nombre d'�toiles put �tre rigoureusement mesur�, et M. Clarke, du bureau de Cambridge, d�composa le crab nebula [N�buleuse qui appara�t sous la forme d'une �crevisse.] du Taureau, que le r�flecteur de Lord Rosse n'avait jamais pu r�duire.

XXV

DERNIERS D�TAILS

On �tait au 22 novembre. Le d�part supr�me devait avoir lieu dix jours plus tard. Une seule op�ration restait encore � mener � bonne fin, op�ration d�licate, p�rilleuse, exigeant des pr�cautions infinies, et contre le succ�s de laquelle le capitaine Nicholl avait engag� son troisi�me

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